Communiqué de presse


A l'occasion d'une visite au Musée de Minéralogie de l'Université de Strasbourg, durant l'été 2009, l'idée d'«Éclats» a pris naissance. Nous avons très vite imaginé une exposition déployée sur deux lieux, présentant des positions artistiques dans les salles du musée et une sélection de pièces provenant de ce dernier (minéraux, modèles, cartes, ...) accompagnant les œuvres des artistes invités au CEAAC. Au musée, on a renoncé à toute scénographie particulière pour ne pas modifier l'atmosphère singulière de ce lieu où le temps semble s'être arrêté. Le visiteur découvre ainsi les œuvres des artistes au fur et à mesure, dans les vitrines et aux murs de ces espaces historiques.

AU CEAAC


À l'entrée du CEAAC, un écran de surveillance retransmet l'image d'une des salles du Musée de Minéralogie où sont stockés diverses maquettes et du matériel didactique de l'université. L'appareil est un élément de l'œuvre Permanent Loop (Natural History II) de Gaëlle Boucand, système clos se référant à la temporalité spécifique de l'espace du musée et jouant avec l'attente d'un éventuel événement qui pourrait survenir.

L'exposition commence en quelque sorte par un leurre, Sans Titre d'
Hubert Duprat : quatre photographies de grand format montrent des structures symétriques onduleuses s'apparentant à des tranches d'agate. Un examen plus attentif révèle que cette double symétrie très élaborée ne peut provenir d'une pierre naturelle : chacune des quatre photographies est elle-même composée de quatre images distinctes qui sont ensuite reproduites dans quatre configurations différentes. Une seule prise de vue est à la source de ce travail. L'artiste l'a réalisée dans une pièce dont la baie vitrée a été obturée d'un film plastique noir qu'il a incisé. La lumière du jour filtre à travers ces incisions ondoyantes et révèle sur la photo une irisation, artificielle comme le halo d'un néon.

Entropology I, la vidéo de
Mariana Castillo Deball explore également l'idée de la nature et des artefacts. Le film relate l'histoire d'une minéralogiste élaborant des pierres synthétiques afin de parfaire son jardin idéal, un paysage de montagne en miniature. Chercheuse au CERN à Genève, elle évoque les multiples réunions, où les scientifiques abordent notamment les notions d'ordre et de chaos et de l'imitation de la nature par l'homme. Le terme d' "Entropologie", autre point de réflexion, est cette notion forgée par Claude Lévi-Strauss qui lie entropie et anthropologie.

À partir de cristaux cubiques de pyrite,
Hubert Duprat a réalisé la sculpture cylindrique Cristaux de pyrites, dont la conception résulte d'une sorte de logique du matériau avec l'intérieur lisse comme un miroir, et l'extérieur irrégulier. Ce qui semble s'assembler de manière si naturelle est cependant le résultat d'un long processus de recherche de formes prenant en compte les contraintes du matériau, la pyrite ayant la propriété de se briser par clivage en cubes presque parfaits reflétant la structure atomique du minéral.



Hubert Duprat, Cristaux de pyrite, 2009. Centre international d'art et du paysage de Vassivière. Photo : Marika Prévosto Hubert Duprat, Cristaux de pyrite, 2009. Centre international d'art et du paysage de Vassivière. Photo : Marika Prévosto

Hubert Duprat, Cristaux de pyrite, 2009. Centre international d'art et du paysage de Vassivière.
Photos : Marika Prévosto

Dans les années 80, Sigmar Polke a créé plusieurs séries de photographies utilisant des minéraux. Il s'agit par exemple d'expériences menées avec des pierres radioactives déposées directement et sans apport de lumière supplémentaire, sur des plaques photographiques, et de travaux conçus à partir de particules de météorites. Les Nuggets de 1986 (visuel ci-contre) sont des macrophotographies de pépites d'or dont l'agrandissement des différents développements de la matière minérale fait surgir des formes grotesques non identifiables.


À l'ère de la numérisation générale des archives scientifiques, les lecteurs de microfiches ont été considérés pour un certain temps comme des instruments techniques obsolètes. Néanmoins constatant que ces données stockées ont une durée de vie de 500 ans, (ce que ne peut faire aucun support de stockage numérique), on a donc transféré les données déjà numérisées sur micro- fiche. L'œuvre 500 / 500 000 000 de Gaëlle Boucand montre sur une microfiche 80 représentations de minéraux qui ont environ 500 millions d'années. L'artiste a réalisé ces photographies dans le département de minéralogie du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.


Sigmar Polke, Nuggest, 1986

De même dans Fulgurite d'Evariste Richer (visuel ci-dessous), tout échappe à la simple perception oculaire. Les fulgurites prennent forme lorsque la foudre pénètre les sols sableux et fait fondre la silice contenue dans le sable. Le tube de néon que Richer introduit à l'intérieur de cette fulgurite révèle par son intensité lumineuse la couleur et la texture de cette roche par ailleurs assez terne, et rend visible sa structure vitreuse interne.

Evariste Richer, Fulgurite, 2010

Cohrl de Gyan Panchal est une carotte synthétique, conçue avec des étudiants de l'INSA, Institut National des Sciences Appliqués de Rouen. Le cylindre constitué de différents composés polymères ressemble à une carotte glacière, avec ses strates tantôt transparentes, tantôt plus denses, qui pour l'artiste condense l'histoire d'une «évolution fictionnelle». L'œuvre sur papier, Sans Titre de 2010 est le résultat du frottage à la mine de graphite de la surface d'une dalle de pierre, extraite d'une carrière et comportant les traces de son usinage. Paradoxalement, le transfert sur papier rappelle les plies d'une draperie antique.

Le travail de
Gernot Wieland, Planeten und Kristalle appréhende de façon métaphorique la notion de l'éclat. Sigmund Freud avait comparé la psyché humaine à un cristal qui, quand on le jette à terre, se brise en mille morceaux. La structure fondamentale cristalline existerait cependant dans chacun des fragments. Aussi, en psychanalyse, on pourrait ainsi déduire le tout à partir du détail. En parallèle aux objets que Gernot Wieland a réalisés pour l'exposition (en bois brûlé, papier, savon,...) il présente, le soir du vernissage la performance lecture Cristaux atteints de dépressions, inspirée de données biographiques, historiques et scientifiques.


Commissaire invitée: Bettina Klein

Exposition du 30 octobre 2010 au 30 janvier 2011. CEAAC, 7 rue de l'Abreuvoir  - 67000 Strasbourg. Tél. : +33 (0)3-88-25-69-70. Ouverture du mercredi au dimanche de 14h à 18h.


© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2010. Tous droits réservés

Eclats au CEAAC de Strasbourg

Archives expositions collectives 2ème semestre 2010

  Eclats,
  CEAAC, Strasbourg - 30.10.2010 - 30.01.2011